Nous avons retrouvé la lettre manuscrite envoyée par le Général de Gaulle le 7 Juin 1968 à Jean Fourastié
pour le féliciter de son livre :

Les écrivains, témoins du peuple, cliquez ici pour la lire

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jean fourastie

« Il ne peut y avoir de science que par la mesure »

Jean Fourastié et l’économie politique française dans les années 1950

Régis Boulat (UHA/CRESAT)

 

Né en 1907, Jean Fourastié disparaît le 25 juillet 1990. Dans le Figaro, Jean Cazeneuve salue la disparition d’un « économiste visionnaire » dont la « formation exceptionnellement variée, la carrière de professeur et de conseiller, une œuvre marquée par la profondeur et la clairvoyance » ont fait « l’un des maîtres à penser de cette seconde moitié du XXe siècle[1] ». Dans le Monde, Jacques Lesourne retrace sa carrière au Commissariat du Plan « où il contribua à faire comprendre aux premières élites d’après-guerre, le rôle central de la productivité dans la croissance d’une économie de plein emploi » et insiste sur la diffusion de sa pensée par son enseignement et surtout par ses livres (une quarantaine) qui ont permis de toucher plus d’un million de lecteurs. Pour J. Lesourne, l’œuvre de Jean Fourastié, « grand honnête homme », s’articule autour de trois thèmes. Il y a d’abord la science économique où Fourastié a essayé de dégager un instrument simple et permanent de mesure du niveau de vie, le salaire horaire du travailleur non qualifié rapporté aux principaux prix. Le second thème se rattache « à la longue suite d’essais que Fourastié a consacré à l’évolution économique et sociologique ». « Sous-jacent dans la plupart de ses œuvres », le troisième thème est inspiré « d’interrogations éthiques et de certitudes religieuses ». Ainsi, « par la transparence et la solidité de sa pensée, Jean Fourastié a contribué de manière décisive à initier les Français, dont la culture économique fut longtemps défaillante, à la compréhension des mécanismes économiques à long terme.

Quant à l’Humanité, il souligne que l’écrivain fécond restera comme le père de la formule les « Trente glorieuses » ou l’introducteur des idées de Colin Clark en France mais que sa vision d’une disparition quasi-totale de la classe ouvrière ne prend pas en compte son élargissement aux techniciens, ingénieurs et employés, intimement liés à la production[2].

Celui qui fut tour à tour, expert (en assurances, en comptabilité nationale, en productivité), économiste non-conformiste, vulgarisateur – il est à l’origine d’un genre littéraire nouveau en France, celui de l’essai économique grand public – et enseignant (Conservatoire National des Arts et Métiers, Institut d’Etudes Politiques, Ecole nationale d’administration et Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales) semble donc faire l’objet d’un hommage unanime. Ce dernier ne doit toutefois pas masquer le fait, qu’à sa mort, Jean Fourastié est largement un inconnu-célèbre. Du reste la plupart des histoires de la pensée économique n’ignorent-elles pas – toujours – son nom et son œuvre ? Il faut dire que J. Fourastié est incontestablement une personnalité atypique qui, dès les années quarante, a pris ses distances avec l’économie politique traditionnelle à laquelle il n’a cessé de reprocher son abstraction, son ignorance des problèmes réels et son inutilité pratique.

 

I. Un jeune expert critique (1907-1945)

 Déçu par l’enseignement reçu à l’école Centrale et guère tenté par une carrière d’ingénieur, Jean Fourastié entame au milieu des années trente un doctorat en droit mention économie à l’ELSP dans le but de mieux comprendre le monde contemporain : « Je m’étais aperçu que c’étaient essentiellement les faits économiques qui lui donnaient sa physionomie caractéristique et notamment son instabilité et la rapidité dans l’évolution. Je ne me rangeais donc pas dans les producteurs de science économique mais bien dans les consommateurs...Mais si je n’étais qu’un client des économistes, il est clair que j’étais un client rétif. Je désirais satisfaire des besoins à la fois immenses et précis. Je ne voulais pas acheter n’importe quoi ! Au contraire, je ne m’intéressais à la science économique que dans la mesure où elle décrivait et expliquait la réalité de la condition humaine. Je cherchais notamment des réponses à des questions précises que me posait le spectacle du monde [3]». A l’ELSP, Jean Fourastié est peu assidu, sauf pour les cours de Charles Rist consacrés aux théories de Keynes[4] et de Jean Romieu[5] dont le cours sur le service public confirme son intention d’entrer au service de l’Etat.

Commissaire-contrôleur des compagnies d’assurances (il décroche le concours en 1932 mais n’obtient de poste qu’en 1934), il va effectuer au siège des compagnies d’assurances, des vérifications financières et juridiques qui ont pour objet, d’une part, l’instruction des plaintes déposées par les assurés ; et de l’autre, l’étude de la situation financière des entreprises. En 1937, il soutient sa thèse sur le contrôle par l’Etat des sociétés d’assurances[6] publiée en 1938, dans laquelle il critique le régime légal en vigueur avant d’en appeler à une réforme. Cette thèse connaît un certain succès puisque deux éditions successives sont épuisées en quelques mois et que des comptes rendus élogieux paraissent tant en France qu’à l’étranger dans les revues spécialisées. Lorsque la procédure des décrets-lois permet à Chêneaux de Leyritz (1899-1973[7]), directeur des Assurances, de faire la réforme que Fourastié appelait de ses vœux en 1937, Fourastié est chargé des décrets d’application et envoyé en missions d’enquête auprès des autorités de contrôle étrangères. En Suisse et en Allemagne, l’existence d’un plan comptable général attire son attention. Son travail dans les assurances lui fait prendre conscience d’un fossé entre la science économique et la réalité concrète : « Je fus de plus en plus frappé par l’imperméabilité qui séparait l’activité économique concrète de la science économique, laquelle aurait dû décrire et guider cette activité. Dans les sociétés d’assurance que je contrôlais au nom de l’Etat et dont je vivais en détail les problèmes et les méthodes, on parlait avant tout de comptabilité, statistique, prix de revient ; dans les livres de science économique, lorsque sporadiquement, il en était question, c’était pour décrire des procédés entièrement ignorés des hommes d’action[8]». De fait, avec Maxime Malinski, Fourastié va s’atteler à la rédaction d’un plan comptable cohérent, ne paralysant pas la gestion des sociétés d’assurances mais la rendant plus claire, applicable tant à des sociétés d’assurance-dommage qu’à des sociétés d’assurance-vie (décret du 28 juillet 1939, faisant suite au décret-loi du 14 juin 1938) : toutes les entreprises d’assurances doivent désormais avoir des règles uniformes de comptabilité, elles ont aussi l’obligation de fournir un compte-rendu annuel de leurs opérations contenant le bilan, le compte-général des pertes et profits, l’état de placements à toute personne le réclamant[9] .

Fonctionnaire en vue dans sa spécialité, sa réputation lui ouvre les portes de l’enseignement supérieur au cours de la guerre, puisqu’il succède à Malinski, victime du statut des juifs, au CNAM, pour un cours sur les assurances du point de vue économique. Devant un public nombreux, il aborde non seulement l’étude des questions économiques se rapport à l’assurance dans une perspective comparatiste tout en revenant sur la place de l’assurance dans la doctrine économique et en critiquant l’économie politique traditionnelle : « Les lois dégagées par les économistes ne sont guère que des théories. Les démonstrations rationnelles sont floues. Elles ne retiennent de données complexes qu’un petit nombre d’éléments arbitraires. De plus ces lois sont trop peu nombreuses pour intéresser toute la matière. Enfin, elles ne comportent aucune vérification expérimentale. Les applications des lois ne conduisent ni à la prévision des faits ni à la détermination des moyens d’action, mais à des explications contradictoires et dont la synthèse reste à faire[10] ».

Parallèlement, Fourastié se construit une légitimité d’expert en comptabilité. D’une part il participe aux travaux de la Commission du plan comptable créée en avril 1941 qui donne naissance au Plan comptable de 1942. Ce dernier intègre dans un même cadre la comptabilité générale et la comptabilité industrielle, pratique répandue dans les entreprises et diffusée par des manuels de comptabilité avant la Seconde Guerre mondiale. Il s’inspire largement du plan allemand[11], bien que ses concepteurs s’en défendent, et ne doit pas grand-chose à Fourastié qui assiste aux séances plénières, bénéficie de l’appui de Chezleprêtre, mais qui ne siège pas dans les deux sous-commissions où s’effectue le travail de préparation et se trouve en décalage par rapport à l’homme fort de la commission, Auguste Detoeuf, partisan d’un plan comptable normalisé où les prix de revient occupent une place centrale. Largement contesté, faisant figure de repoussoir, le Plan comptable général s’impose cependant après la guerre en raison de trois facteurs : la fiscalité, le développement de la profession d’expert-comptable et l’enseignement. C’est dans ce dernier domaine que Jean Fourastié va jouer un rôle important grâce à un « Que sais-je ? » qui paraît en 1943 (21 éditions et 161 000 exemplaires vendus jusqu’en novembre 1998, ce qui est un cas unique dans l’histoire de l’édition comptable française). En 1944, Jean Fourastié fait paraître un autre ouvrage sur la comptabilité, La comptabilité générale conforme au plan comptable général, manuel qui, à la différence du « Que sais-je ? », s’adresse moins au grand public qu’aux étudiants et aux professionnels, mais la doctrine exposée et la méthode utilisée sont les mêmes.

Le petit-fils d’un paysan chassé de la terre, a ainsi d’abord cherché, à la fin des années trente, à expliquer la dépopulation des campagnes avant de découvrir avec la Deuxième Guerre mondiale les travaux d’A. Vincent qui lui ont fait prendre conscience de l’importance du progrès technique. A la Libération, il fait figure d’expert reconnu tant en matière d’assurance que de comptabilité puisque, avec les remaniements qui interviennent au sein de la commission du plan comptable, il joue désormais un rôle de premier plan. Toutefois, la consécration arrive avec l’Economie française dans le monde, essai d’économie géographique dont l’optimisme vient trancher radicalement avec le pessimisme des essais du même genre parus pendant les années trente et qui fait des notions de productivité, de progrès technique des facteurs explicatifs essentiels.

 

II. « La théorie générale » de Fourastié (1947)

Tout en poursuivant sa carrière d’expert en assurances – il fait paraître en 1946 un nouvel ouvrage Les assurances au point de vue économique et social dans lequel il critique une science économique incapable d’applications pratiques  – Jean Fourastié rejoint Jean Monnet au Plan pour s’occuper de la question de la productivité de la main-d’œuvre. Il effectue une mission d’étude aux-Etats-Unis qui explique l’apparition du troisième facteur constitutif de ses premiers travaux sur la productivité, la disparité entre prix français et américains : « Ainsi, ces trois facteurs (prix de revient, progrès technique et dépopulation des campagnes) joints à une quantité d’autres qui les corroborent, évoquent directement la notion aujourd’hui connue sous le nom de productivité, que je désignais dans les premières éditions de mes livres par le mot rendement [12]». Dès lors, son combat pour la productivité va lui permettre d’asseoir sa légitimité car le « théoricien » est complété par un fertile publiciste qui sait montrer que son apport est indispensable : les économistes traditionnels qui ne s’intéressent pas aux problèmes pratiques n’ont aucune utilité pour les hommes du Plan et de l’Economic Cooperation Admnistration qui sont en train mettre sur pieds un programme franco-américain de modernisation.

Toujours au Plan, grâce à Robert Marjolin qui lui prête Les conditions du progrès économique, Fourastié découvre Colin Clark puis Allan G. B. Fisher qui a conçu le premier la théorie des trois secteurs d’activité pour décrire le passage de la population de l’agriculture à l’industrie. Contrairement à François Perroux ou Daniel Villey qui sont plutôt critiques vis-à-vis des travaux de Clark, Fourastié est enthousiaste comme le montre un compte rendu pour la Revue d’économie politique[13] dans lequel il dénonce un décalage entre la transformation profonde d’une science économique « qui étudie d’une façon concrète et dynamique les faits économiques » et l’économie politique française « qui sous-estime l’existence des frontières, l’action créatrice de l’homme et de l’Etat, les phénomènes d’accroissement du rendement individuel, l’évolution des niveaux de production et de consommation[14]». Ces auteurs dont il fait son miel nourrissent ainsi sa réflexion de plus en plus critique sur « la discipline appelée en France Economie politique » : « C’est une science ou du moins une doctrine qui se prétend volontiers scientifique, mais qu’un examen critique tend plutôt à classer dans le domaine de l’histoire ou dans le domaine des conjectures philosophiques. En effet, quand les esprits scientifiques prennent contact avec les livres d’économie politique, ils sont en général rebutés par tout un fatras littéraire que l’on dénomme familièrement d’un mot assez méprisant, le laïus. Cependant je voudrais vous faire apercevoir qu’il est né depuis quelques années, depuis à peine une dizaine d’années, une nouvelle conception de l’économie politique qui est profondément différente de la conception « laïus » traditionnelle. Cette conception est basée sur le fait fondamental suivant, que les économistes se sont aperçus qu’il ne pouvait y avoir de science que par la mesure[15]».

C’est en avril 1947 que la remise en cause trouve sa forme plus aboutie : Fourastié propose, en effet, à l’occasion d’une conférence faite au CNAM, ce qui va devenir L’esquisse d’une théorie générale de l’évolution économique contemporaine[16]. Cet essai, dont deux rédactions successives sont communiquées à un petit nombre d’économistes, a pour objet « d’exposer une hypothèse, au sens scientifique du mot, qui tendrait à expliquer clairement et rationnellement le plus grand nombre possible de faits économiques observés dans le monde contemporain[17] ». Dès l’introduction, il rappelle que sa conception des activités ne correspond pas exactement à celle de Clark et que deux notions « simples », dégagées de l’expérience ou de mesures statistiques, constituent la base de son raisonnement. Il s’agit d’abord de la notion de valeur, telle qu’elle a été précisée par les études de l’école marginaliste. Toutefois, il n’utilise que la très ancienne notion de la valeur d’échange, en lui adjoignant une proposition puisée dans Colin Clark, dont l’influence est sensible dans toute la théorie[18]. La seconde notion est celle de progrès technique, (« le fait expérimental que l’homme utilise de mieux en mieux les facteurs permanents de production »), qui est mesuré par les rendements en nature et par les rendements horaires du travail humain. Pour Fourastié, le progrès technique est inégal dans les différentes branches de l’activité humaine : rapide dans l’agriculture et l’industrie, il est lent, voire nul, dans les activités tertiaires « dont l’utilité marginale a tendance à croître sans cesse ».

A partir de ces deux postulats, il développe donc « sa » théorie générale, divisée en quatre théories principales et en dix théories dérivées. Au départ, il y a la théorie de la période transitoire qui repose sur l’accroissement du rendement horaire permettant le transfert de la main-d’œuvre des secteurs vite saturés (l’agriculture) vers des secteurs nouveaux. Il s’en suit un déséquilibre qui « s’étend des facteurs de production à la consommation et, par suite, aux prix, au niveau de vie, au nombre de la population, à la répartition professionnelle de la population active, à la durée du travail … ». C’est ce déséquilibre qui caractérise la période transitoire « qui ne s’achèvera que lorsque 85 à 95% de la population active sera engagée dans la production tertiaire », dans laquelle Fourastié place la France de la fin des années quarante. Les trois autres théories développées par Fourastié concernent : la production et la consommation (passage où il décrit le démarrage, l’évolution et la fin de la période transitoire), la monnaie et les prix (« la meilleure monnaie en période de progrès technique paraît être celle qui garantit la stabilité de l’indice global des prix de gros, qui sont approximativement, les prix des investissements[19] »), et enfin, la population. Les théories dérivées concernent le niveau de vie, la productivité par personne active (selon les secteurs primaire, secondaire et tertiaire et selon les branches), les crises, le commerce extérieur et l’équilibre mondial, le capital, la fiscalité, les récessions économiques, la planification économique. Enfin, la dernière des théories dérivées concerne la civilisation tertiaire, vision anticipatrice de l’avenir, lorsque le transfert des activités vers le secteur tertiaire sera entièrement achevé, amorçant ainsi une période d’équilibre.

Avec Olivier Dard, on peut dire qu’il s’agit bel et bien d’un « refus de la science économique traditionnelle, y compris dans son approche keynésienne ». Pour Fourastié, les équations de Keynes manquent de rigueur et de consistance (!), elles négligent d’importantes variables (le progrès technique en particulier[20]) comme l’attestent ses notes de lecture en marge des pages de son exemplaire de la Théorie générale : « Une critique de l’économie classique : le livre commence par une critique de la théorie marginale de la valeur. En ce qui concerne le salaire, c’est un bien petit côté pour attaquer l’économie classique. Parmi les postulats critiquables de l’économie classique, Keynes ne retient guère que l’hypothèse du plein emploi, mais il y en a de nombreuses autres toutes aussi critiquables : unité des prix, notion même de marché, fluidité absolue des prix, admission comme secondaires des frottements,… absence totale de réglementation, rendement décroissant de la main-d’œuvre et des investissements dans une entreprise donnée et même sur le marché… En fait, il faudrait à l’heure actuelle : rechercher les lois élémentaires indépendantes des institutions juridiques et des hypothèses classiques (nature des choses, faits expérimentaux ; consommation = production +/- stocks +/- commerce extérieur ; salaires réels et niveau de vie (rendement, durée du travail, consommation des matières premières) ; variation des revenus nationaux ; saturation des consommations[21]».

 

La théorie de Fourastié qui prend « le contre-pied de l’économie politique classique, jugée non seulement dépassée mais presque au fond nulle et non avenue[22] » se veut novatrice, or, remise en perspective, elle est moins neuve qu’il n’y paraît puisqu’elle s’inspire des travaux d’Antoine Cournot, de Jean Coutrot et des abondancistes. De plus, il se rattache à ces devanciers « par le désir d’asseoir son discours économique sur une légitimité scientifique en se référant à des écrits de scientifiques ou de philosophes dont les conclusions sont censées cautionner sa démarche[23] ».

Pour le statisticien Jacques Dumontier, « l’événement est d’importance » car il marque « l’inflexion donnée actuellement en France aux études économiques et l’effort pour se délivrer des errements de pensée et de méthodes qui n’aboutirent qu’à des impasses[24]». Il critique toutefois le fait que Fourastié rattache ses résultats expérimentaux de consommation « à la vieille notion de valeur, qui n’a de sens précis que dans un court espace de temps, étant basée sur le choix, et qui n’a rien à faire, en toute logique, dans une étude de longue haleine ». Dumontier précise aussi que, malgré une adhésion aux principes de la valeur, Fourastié bâtit une théorie sur des concepts expérimentaux de seconde espèce, l’évolution de la consommation globale et le progrès technique. Ce dernier concept en particulier, a déjà fait l’objet d’études de la part d’André Vincent ou de Pierre Froment, mais « pour la première fois, M. Fourastié en fait un élément de base d’une théorie systématiquement déductive, au même titre que Walras avait construit ses développements sur l’échange ». Enfin, il y a dans le travail de Fourastié des démonstrations et des prévisions aléatoires et « il ne faudrait pas que les secondes, pour brillantes qu’elles soient, fassent oublier les premières. Ce sont celles-ci, en effet, qui font la valeur de la brochure qui nous est offerte ». Tout en lui laissant le mérite d’une élégante synthèse, Daniel Villey juge que la construction de Fourastié « sent un peu son autodidacte » et souligne que la plupart de ses idées ne sont « ni aussi nouvelles ni aussi révolutionnaires que l’auteur, qui se plait à jouer l’iconoclaste, semble le penser ». Il critique surtout le caractère flou de la division tripartite des activités, la sous-estimation des possibilités de développement de la consommation des produits industriels, l’absence de recul quant à certaines données statistiques (« on n’additionne pas des rapports, on ne mesure pas ce qui n’est pas mesurable ni commensurable »), avant de montrer que la théorie ne s’applique, pour l’instant, qu’aux seuls Etats-Unis[25]. Pour The Economist, « La remise en cause tient d’une part dans le rejet par l’auteur de toutes les généralisations économiques ne reposant pas sur des vérifications statistiques (y compris la structure complète de la théorie keynésienne) et d’autre part, dans l’annonce de l’avènement d’une science économique basée sur l’application de la théorie des probabilités à l’observation de la réalité[26] ». The Economic Journal, souligne, quant à lui, l’influence très nette de C. Clark: « Le résumé de 28 pages fait par M. Fourastié de sa propre théorie de l’évolution économique repose sur l’hypothèse de Clark que le transfert du secteur primaire vers les secteurs secondaires et tertiaires est un indicateur de progrès économique. Sa mise en évidence de quatre théories de base expliquant l’évolution économique et de dix théories dérivées est d’une extrême simplicité, mais il y a tant à dire pour l’auteur plutôt que d’écrire un traité élaboré[27]».

Si Villey et l’Economic Journal s’inquiètent de la « simplicité » de la théorie de Fourastié, il s’agit, pour ce dernier, d’un « réflexe naturel », comme il l’indique à ses élèves du CNAM : « personnellement, je suis moi-même étonné de cette simplicité, qui vous paraîtra d’ailleurs à vous, mes élèves, encore bien compliquée, mais sans vouloir prétendre expliquer toutes les manifestations de la vie économique dans le détail à l’aide de ces deux principes, je pense être en mesure, en les utilisant, de dégager correctement les traits fondamentaux, les caractères essentiels de l’évolution contemporaine. Il peut se faire que, tôt ou tard, nous nous apercevions des insuffisances et des imprécisions que comportent ces explications, elles n’en projettent pas moins actuellement, me semble-t-il, une clarté certaine sur les problèmes mondiaux de dynamique économique[28]».

Ainsi, Fourastié puise chez Colin Clark des arguments qui justifient sa lutte contre l’économie politique traditionnelle. Il reprend sa classification des activités en trois secteurs tout en s’en démarquant puisqu’il prend en compte l’intensité du progrès technique plus ou moins important dans la production, donnant naissance à une « échelle de Jean Fourastié[29] ». Malgré certaines faiblesses, ses théories rencontrent un succès indéniable auprès d’élites technocratiques à la recherche d’un support idéologique simple justifiant leur action.

 

III. « Une science économique encore dans l’enfance » ? (1959)

Au début des années cinquante, Jean Fourastié continue d’enseigner au CNAM. Son cours porte encore théoriquement sur les assurances mais le contenu réel évolue vers une étude de ses propres ouvrages comme le confirment les registres de cours[30] et les sujets d’examens[31]. Non seulement le succès est au rendez-vous parmi les étudiants de l’école, mais un nombre croissant d’auditeurs libres viennent l’écouter. A l’ENA, où les postes d’enseignants sont peu disputés à l’époque[32], son séminaire est consacré à l’effort français en vue de la productivité : la promotion Jean Giraudoux a ainsi droit à quatre cours consacrés aux problèmes pratiques de productivité tels qu’ils se présentent en France[33]. A l’IEP enfin, son cours sur la comptabilité des entreprises reprend les idées qu’il développe dans ses essais économiques qui connaissant un succès croissant : étude des notions de progrès technique et de productivité, variation du rythme du progrès technique différente selon les trois secteurs, lien entre progrès technique-progrès économique et progrès social, etc. En rapprochant ces cours du CNAM et de l’IEP, nous pouvons mettre en évidence quelques caractéristiques communes. La première concerne l’aspect novateur et à contre-courant de ses idées puisqu’une partie notable d’entre-elles « ne repose que sur sa seule personne et n’a aucune autorité scolaire ». Alors qu’au CNAM Fourastié indique clairement à ses étudiants qu’ils ne doivent pas défendre trop énergiquement ses vues personnelles, sous peine d’être collés aux examens où il n’est pas examinateur[34], il précise à l’IEP que son cours est un « cours de combat » contenant des idées paradoxales, à contre-pied des théories admises : « Je suis obligé d’adopter une conception assez simpliste, dirais-je, des phénomènes que je décris, parce qu’ils mettent en question des faits si complexes et si difficiles que je dois souvent me contenter d’apporter des aperçus nouveaux, sans prendre le soin, parce que je n’en ai pas le temps, de placer cet apport nouveau parmi les conceptions anciennes[35]».

Ayant lui-même souffert du caractère « dogmatique et froid » de l’enseignement de Centrale[36], il se propose d’éveiller l’esprit critique de ses étudiants sur des phénomènes négligés par la théorie économique traditionnelle : « Il m’arrivera assez souvent de parler d’une manière assez irrévérencieuse de gens aussi éminents que Marx ou Keynes ; cela ne voudra pas dire que je tiens leur apport pour inexistant, cela voudra dire que je m’efforce d’ajouter à ce qu’ils ont dit des choses auxquelles ils n’ont pas pensé et que pour ma part j’estime fondamentales[37] ».

Craignant toutefois que les théories anciennes ne soit trop ancrées dans l’esprit des étudiants de la rue Saint-Guillaume (« je ne crains pas que la jeune génération soit trop révolutionnaire, je crains le contraire »), il insiste sur le côté constructif d’un « esprit critique » qui ne doit pas trop s’enliser dans les questions de détail : « Je dirai peut-être des choses contestables, je dirai même peut-être parfois des choses paradoxales. C’est à vous de reconnaître dans quelle mesure elles apportent quelque chose de nouveau et de porter votre critique sur cet élément nouveau et ne pas retenir, le côté purement paradoxal[38] ».

Les conceptions « révolutionnaires » et la méthode empirique de Fourastié constituent la deuxième caractéristique intéressante. Elles sont basées sur l’étude du progrès technique, outil nouveau, « indispensable et facile à manier », au service de la science économique, lié d’une part à la « notion comptable de prix de revient » et, d’autre part, « à la notion humaine de productivité » : « c’est ensemble que ces trois notions doivent être introduites dans la science économique ; la productivité étant le prix de revient exprimé en heures de travail, est une mesure du progrès technique ». Reprenant le contenu de ses essais économiques, il montre que seul le progrès technique et sa mesure, la productivité, permettent de « vivifier de proche en proche » à peu près tous les chapitres de la science économique et de montrer leurs liens réciproques : « La mesure du progrès technique s’appelle productivité et c’est cela qu’il y a de nouveau dans l’idée de productivité. Beaucoup de gens voient dans l’idée de productivité à peu près uniquement une idée synonyme de progrès technique ou de prix de revient ou d’organisation du travail ; tout cela n’est pas faux, mais l’élément nouveau que la notion précise de productivité apporte à la science économique, c’est la mesure du progrès technique[39]».

Dans son historique de la notion de productivité, il identifie deux étapes, avant et après 1949, ce qui lui permet de souligner le caractère héroïque et précurseur des « modernisateurs du Plan », leur « style » hors hiérarchie, radicalement différent des lourdeurs et du conformisme bureaucratique. C’est le cas dans le cours de l’IEP[40], mais surtout dans celui de l’ENA : « Cette notion de productivité correspondait bien à l’esprit des techniciens, des ingénieurs, des hommes d’action qui siégeaient dans les commissions, c’est-à-dire qu’on s’est aperçu très vite qu’il ne s’agissait pas d’une notion intellectuelle, valable pour les professeurs, et je dirai pour des fonctionnaires, mais qu’elle était aussi et surtout valable pour les entrepreneurs et pour les ouvriers, pour les syndicats ouvriers[41] ».

Il souligne aussi le décalage existant entre la majorité des économistes français individualistes et le petit groupe de statisticiens[42] qui, sous sa direction, a élaboré une définition et des méthodes de mesure de la productivité proprement françaises et utilisables par « le chef d’entreprise et l’homme d’action » (« il ne s’agissait pas d’établir une définition qui aurait enchanté un théoricien de faculté mais qui n’aurait pas servi au président de la compagnie Electro-mécanique[43]»). On rejoint là un thème qui est cher à Fourastié, à savoir qu’une science qui n’est pas utile n’est pas réelle : en effet, l’objectif des sciences, qu’elles soient physiques, sociales ou économiques est de mettre à la portée de « l’homme moyen » la connaissance de phénomènes considérés jusque-là comme inaccessibles. C’est pourquoi il préfère parler à propos de la science économique de « science des réalités concrètes » : « Quand je parle de science économique, je ne veux pas parler de généralités, de principes, de définitions, de théories plus ou moins intellectuelles, non ! Je parle de l’analyse de la réalité courante, des faits que nous rencontrons ou rencontrerons constamment, vous et moi, dans la rue, à l’usine, au bureau, dans les magasins[44] ». Le véritable objet de la science économique est donc pour Fourastié de mettre en évidence « ces quasi- déterminismes » qui sont en fait des liaisons d’évolutions lentes, ce qu’il appelle des « liaisons visqueuses[45] ».

Expert, vulgarisateur et professeur de la notion de productivité, Jean Fourastié joue de ses légitimités variées en fonction du public auquel il s’adresse comme l’atteste ses cours à l’IEP, ses essais économiques grand public et les multiples conférences qui lui donnent l’occasion de se penser et de se présenter comme un avant-gardiste incompris. En dépit de résistances variées[46], il réussit ainsi à ancrer la foi dans les vertus de la connaissance économique dans un très large public. Cette diffusion massive d’un langage de l’action publique et de représentations nouvelles du progrès social a pour but de rechercher des soutiens extérieurs après l’échec des modernisateurs du plan dans leur entreprise bureaucratique à la fin des années quarante[47]. Il connaît la consécration en 1959 lorsqu'il succède à François Divisia à la chaire prestigieuse d’économie et statistique industrielle du CNAM, naguère occupée par Say et Blanqui[48]. Le programme qu’il présente au Conseil de perfectionnement s’inspire d’une enquête réalisée, dans le secret, auprès des élèves de Divisia, dont les résultats montrent qu’un tiers des étudiants seulement sont des « techniciens des sciences économiques ». Aussi, pour Fourastié, la nature de l’auditoire appelle un enseignement prudent, « la science économique étant encore dans l’enfance[49] ». Si le conseil de perfectionnement s’inquiète (un homme « aussi universellement occupé » que lui aurait-il le temps d’assumer un enseignement aussi lourd que le suggèrent à la fois le programme qu’il a distribué et son exposé ?), Divisia ne cache pas, quant à lui, son mécontentement. Ses arguments nous semblent renvoyer à l’image de Fourastié dans le monde de l’économie politique traditionnelle et à la carrière qu’il a menée jusqu’alors. Divisia qui ignore l’existence de l’enquête de Fourastié auprès des élèves, ne semble guère convaincu par les « intuitions particulières » que Fourastié développe dans ses travaux et s’il considère que les trois candidats à sa succession ont des rapports avec la pratique, juge que « Fourastié semble en avoir eu surtout dans le domaine des commissions et des comités » quand les deux autres ont de vrais contacts avec le monde de l’industrie. Ainsi, non seulement Divisia ne se laisse pas impressionner par la légitimité d’homme d’action du Plan que revendique Fourastié, mais il critique ses travaux. Les votes d’Henri Ardant, de Ragey et d’une bonne partie du Conseil lui étant acquis, Fourastié est néanmoins élu, devenant ainsi « un professeur pur ».



[1] CAZENEUVE Jean, « L’économiste visionnaire », Le Figaro, 28 juillet 1990.

[2] L’Humanité, 28 juillet 1990.

[3] FOURASTIE Jean [1966], « Le progrès technique et les activités économiques », Revue Economique, n°1, janvier, p.115-126.

[4] « J’obtins de M. Rist un 18, mérité bien sûr. Mais cette note ne fit que me confirmer dans mes objections radicales à Keynes, pour son défaut de références statistiques, la considération de facteurs non observables, l’ignorance des conditions techniques de la production … ». Sur l’adhésion puis le rejet de Rist des idées de Keynes jugées « opportunistes, simplistes et archaïques », voir DARD Olivier [1998], « Economie et économistes des années trente aux années cinquante : un tournant keynésien ? », Historiens et géographes, n°361, mars-avril, p. 173-196.

[5] Polytechnicien, Jean Romieu (1858-1953) fait carrière au Conseil d’Etat où il contribue à élargir le champ du contentieux administratif.

[6] FOURASTIE Jean [1937], Le Contrôle de l’Etat sur les sociétés d’assurances, Paris, faculté de droit, 275p.

[7] DRAGO Roland et alii. [2004], Dictionnaire biographique des membres du conseil d’Etat, 1799-2002, Paris, Fayard, p. 441.

[8] FOURASTIE Jean [1966], art. cit., p. 115-126.

[9] SAEF, B 62 298, Comptabilité des sociétés d’assurances, travaux préparatoires et application (1939-1960).

[10] Archives CNAM, FOURASTIE Jean [1944], op. cit.

[11] DEGOS Jean-Guy, [1998], Histoire de la comptabilité, Paris, PUF, p. 102-103 et RICHARD Jacques [2000], « Plans comptables », in COLASSE Bernard (dir.), Encyclopédie de comptabilité, contrôle de gestion et audit, Paris, Economica, p. 943-959.

[12] FOURASTIE Jean [1961], « Remarques sur l’introduction de la notion de progrès technique dans la science économique », Economie appliquée, p. 173-188.

[13] FOURASTIE Jean [1946], « Le Livre de Colin Clark : Les conditions du progrès économique », Revue d’économie politique, n°2, avril-juin, p.207-219.

[14] FOURASTIE Jean [1946], art. cit., p. 206.

[15] SAEF, 5 A 134. Cette conférence est publiée par les PUF en avril 1947.

[16] FOURASTIE Jean [1947], Esquisse d’une théorie générale de l’évolution économique contemporaine, Paris, PUF.

[17] FOURASTIE Jean [1947], op. cit., p. 7.

[18] Ibid., p. 16.

[19] Ibid., p. 17.

[20] DARD Olivier [2000], « Techniciens et praticiens de l’économie, un changement de paradigme », in BERSTEIN Serge et MILZA Pierre (dir.), L’année 1947, Paris, Presses de Science-Po, p. 95.

[21] Note figurant sur un exemplaire de la Théorie générale de J. Fourastié « découpé » seulement jusqu’à à la page 72 ( !).

[22] DARD Olivier [2000], art. cit., p. 97.

[23] Ibid., p. 99.

[24] DUMONTIER Jacques [1948], « A propos d’une théorie générale de l’évolution économique contemporaine », Revue d’économie politique, Janvier-février, p.142-147.

[25] VILLEY Daniel [1948], « L’évolution économique contemporaine », Cahiers du Monde Nouveau, n°9, novembre, p. 75-88.

[26] The Economist, 9 août 1947, p 238.

[27] The Economic Journal, décembre 1949, p 665.

[28] FOURASTIE Jean [1948], L’évolution économique contemporaine, cours CNAM, texte revu et corrigé par M. Courcier, Editions scientifiques Riber.

[29] FOURASTIE Jacqueline [1997], Eléments d’économie et de prospective, Paris, Ellipse, p.26.

[30] Archives CNAM, registres des cours pour les années 1945 à 1958, 1CC 25 à 29.

[31] En juin 1951, les étudiants doivent choisir un des deux sujets suivants, « La situation économique et financière de l’assurance française depuis 1939 » ou « Montrer par des exemples quelle part incombe à l’équipement et quelle part à l’organisation dans la mise en œuvre des méthodes destinées à accroître la productivité des compagnies d’assurance » et répondre à cinq questions concernant la notion de productivité du travail, AN 81 AJ 204, chemise « activités de professeur », CNAM 1951-1952.

[32] GAITI Brigitte [2002], art. cit., p. 301.

[33] FOURASTIE Jean [1952], L’effort français en vue de l’accroissement de la productivité, cours ENA, promotion Jean Giraudoux, 1950-1952.

[34] FOURASTIE Jean [1948], L’évolution économique contemporaine (cours du CNAM revu ou rédigé par M. Courcier), Paris, Riber, p.3.

[35] FOURASTIE Jean [1958], op. cit., p. 1.

[36] Ibid., p. 19.

[37] Ibid., p. 1.

[38]  Ibid., p. 4.

[39] FOURASTIE Jean [1958], op. cit., p. 168.

[40] « On a commencé à considérer que la productivité, cela devait être quelque chose d’assez important, le jour où l’on a vu que les Américains étaient décidés à donner des dollars pour cela. Jusqu'alors c’étaient des gens comme moi qui s’étaient occupés de la productivité », FOURASTIE Jean [1958], op. cit., p. 171.

[41] FOURASTIE Jean [1952], op. cit., p. 23.

[42] FOURASTIE Jean [1958], op. cit., p. 172.

[43] Ibid., p. 173.

[44] Ibid., p. 21.

[45] Ibid., « des rapports entre divers faits qui sont au moins pour un an, deux ans, dix ou trente ans, suffisamment stables pour que l’on puisse être certain qu’ils ne sauteront pas d’une valeur à une autre valeur, mais qu’ils évolueront lentement d’une valeur à une autre valeur ».

[46] « La notion de productivité ne peut jouer le rôle de moteur économique. La création d’un état d’esprit productiviste ne provoque pas un progrès économique harmonieux », voir MAINGUY Yves et MOTHES Jacques [1954], « Du caractère technique de la productivité », Revue de statistique appliquée, n°1, p. 83-88.

[47] GAITI Brigitte [2002], art. cit., p. 302.

[48] Archives CNAM, chaire économie et statistique industrielles, Lettre manuscrite de Fourastié à Ragey, 28 janvier 1959. Les autres candidats sont R. Remery et Verhulst. Allais pense un temps se porter candidat avant de renoncer. Ragey fait courir le bruit qu’il s’efface devant Fourastié mais Allais rectifie : il s’agit d’une chaire à occupation principale et il sera aux Etats-Unis lors des auditions du conseil de perfectionnement. Archives CNAM, économie et statistique industrielles, lettre d’Allais à Ragey, 24 avril 1959.

[49] Archives CNAM, Economie et statistique industrielle, compte rendu du conseil de perfectionnement du CNAM, séance du 2 mars 1959.

Textes de Fourastié et Sauvy

Ce site vous met en accès direct avec des textes de référence publiés par Jean Fourastié et Alfred Sauvy. Certains de ces écrits ont nourri la réflexion des économistes, des sociologues, des démographes, ou des humanistes depuis un siècle. Par exemple:

Jean Fourastié,
Atala travaille chez Citroen
L’R de Garches
Les trente glorieuses, Madère et Cessac

La durée de l'humanité

Alfred Sauvy
La planète peut encore recevoir beaucoup d’habitants
Démographie et refus de voir

Des études de chercheurs qui partent de leurs.théories ou s'en servent pour analyser le présent figurent également sur ce site et montrent que la pensée de Fourastié et celle de Sauvy continuent d'alimenter la réflexion sur l'économie, la démographie et plus généralement sur l'homme. L'article de Alain Alcouffe et David Le Bris "Our secular stagnation as expected by Jean Fourastié", s'inscrit dans cette lignée

Le Comité Jean Fourastié, comme l’association Alfred Sauvy, sont ouverts à des partenariats avec ceux qui dans le monde d’aujourd’hui travaillent sur les mêmes questions centrales pour le devenir de la planète.

Pour cela, contactez-nous

Les statistiques de prix

Jean Fourastié affirmait que le progrès des techniques de production fait baisser les prix et élève le niveau de vie : on peut produire davantage et donc consommer davantage. Cette tendance, plus ou moins accentuée selon les périodes, lui paraît vraie quelques soient le lieu ou la période de temps. Or, le « ressenti » des hommes, partout et en tout temps, est que leur niveau de vie baisse !
Des observations concrètes ont étayé son affirmation. Des équipes de recherche animées par lui ont réuni des centaines des prix, observés depuis le Moyen Âge en France et dans quelques pays étrangers. Pour comparer ces prix, alors que la monnaie varie, Fourastié a utilisé le prix « réel », rapport du prix en monnaie courante, celle de l’observation, au salaire horaire minimum pratiqué au même lieu et à la même période : c’est la mesure du temps de travail nécessaire à un travailleur au salaire minimum pour acquérir le bien ou service.
Une partie de ces observations est présentée sur le présent site sous la rubrique « Statistiques de prix ». Il s’agit d’environ 1400 séries de prix, dont beaucoup remontent à 1875 et sont suivies jusqu’à aujourd’hui.
Rares sont les biens et services dont le « prix réel » n’a pas baissé ! La base de données est présentée, entre autres, en classant les biens et services selon les rubriques « primaire » (progrès technique moyen, prix réels en faible baisse), secondaire (progrès technique important, prix réels en forte baisse) et tertiaire (progrès technique faible ou nul, prix réels en baisse faible ou nulle).

Voir les statistiques.

Les moteurs de recherche

Sur la présente page d’accueil, un moteur de recherche classique permet de repérer un mot ou un nom à l’intérieur du site sur les textes présentés. Il suffit d’entrer un ou plusieurs termes pour visualiser les références correspondantes sur le site.

Les statistiques recueillies sur le site ont montré une fréquentation importante de la base de données de prix (voir ci-contre). Aussi avons-nous tenu à introduire un moteur de recherche spécifique à ces données.
Ainsi, la base de données a trois accès : un accès par onglet alphanumérique, un accès par classe de prix (selon les secteurs « primaire », « secondaire » et « tertiaire » et un moteur de recherche. Sur ce dernier, il suffit de préciser un mot, voire plusieurs séparés par des virgules. Le système renvoie alors la liste des produits correspondants à ces critères.
Pour chaque produit, un tableau est affichée : Classe, famille de produit, nom du produit, nature de prix avec deux icones. La première permet de télécharger les données sous forme d’un classeur (type Excel) comprenant deux onglets : un onglet d‘infos, et un deuxième de données. Le classeur est copiable et exploitable par des chercheurs pour d’éventuels calculs. La deuxième icone permet de télécharger un document au format Pdf contenant toutes les informations.

Pour les statistiques de prix, un moteur de recherche spécifique a été développé

 

Journal de l'Association Sauvy 2018

Pour retrouvez le journal de l'association Alfred Sauvy paru en mars 2018, cliquez ici :

L'éditorial du président, la chute des naissances en France par Gérard François Dumont

Alfred Sauvy et l'automobile par Michel Tardieu

Alfred Sauvy au Conseil économique et social par Jean-Pierre Baux

Les pépites du site récemment mises en ligne, les nouvelles des associations soeurs (comité Jean Fourastié, Population et avenir, le prix Alfred Sauvy), comment participer à la vie de l'association : témoignages, contacts, adhésions, ...

Pour recevoir le journal par mail ou courrier postal, écrire à jeanpierrebaux@laposte.net